Rencontrez Kevin Lacroix de la série NASCAR Pinty’s

Depuis l’an dernier, NAPA a l’honneur d’avoir ses couleurs sur la voiture 74 de la série NASCAR Pinty’s, pilotée par Kevin Lacroix. Quatre fois vice-champion de la série depuis 2015, celui qui est originaire de Saint-Eustache a commencé la course en 1996, à l’âge de 7 ans, dans le karting. Pour en apprendre davantage sur le pilote de 34 ans, NAPA a eu l’opportunité de s’entretenir avec le co-propriétaire des magasins NAPA Pièces d’auto Lacroix sur la passion qui l’anime.

NAPA : Quels sont tes premiers souvenirs en ce qui a trait à la course automobile?

Kevin Lacroix : Mon père courrait en motoneige. Je m’en souviens alors que j’étais très jeune, j’ai envie de dire 2 ans, 3 ans, c’est peut-être impossible, mais très, très jeune j’étais aux courses de motoneige de mon père. Ce sont mes premiers souvenirs de compétition de courses.

Sinon, c’est la première année de Jacques Villeneuve, en 1996, en Formule 1. J’avais 7 ans et déjà je le connaissais. Je l’avais déjà suivi un peu et j’avais hâte qu’il arrive à sa première année en Formule 1. Je me souviens que j’avais regardé presque toutes ses courses.

 

NAPA : Donc tu te souviens de l’avoir vu à l’événement spécial au forum lorsqu’il a gagné le championnat?

KL : Oui, exactement. C’est sûr que j’étais debout de bonne heure pour voir sa finale au championnat du monde en 1997. Je n’ai pas manqué ça, c’est certain.

 

NAPA : Quand on fait sa première course en tant que jeune pilote, quelles sont les émotions qu’on traverse?

KL : C’est sûr que les premières courses, je m’en souviens. Je pense qu’à ma première course, j’étais plus concentré à imiter le commentateur télé dans mon casque qu’à faire ma propre course. Je me commentais moi-même; je me voyais comme en Formule 1 à la place de Jacques Villeneuve. C’est sûr que quand tu y repenses, c’est ça que font les enfants : ça fait des choses un peu incroyables. Je pense que c’est pour ça qu’on fait des choses comme ça : c’est la passion. Les courses automobiles, ça a été une passion jeune et mes premières courses ont été vraiment spéciales pour moi.

 

 

NAPA : Tu parles de Jacques Villeneuve, est-ce que toi tu te vois aller en Formule 1?

KL : Ben non. C’est sûr qu’à l’âge que j’ai maintenant, il est un peu trop tard. À un certain âge, ta carrière est dessinée dans une certaine direction. Quand j’étais tout jeune, à cause de Jacques Villeneuve, je me voyais en Formule 1. En grandissant mes objectifs avaient changé déjà. Quand j’avais peut-être 13-14 ans, je me voyais plutôt aux États-Unis dans d’autres séries de compétition : en Indy Car, entre autres. Les goûts changent en vieillissant, mais ça reste le sport automobile depuis que je suis jeune.

NAPA : Tu es passé de la formule Kart, à la Formule BMW, à la formule Star Mazda et à la Formule Atlantique avant de rejoindre la formule NASCAR. Qu’est qui t’as fait passer d’une formule à une autre en si peu de temps?

KL : En fait, ce sont les étapes à suivre logiques pour aller dans une direction précise. Je me dirigeais vers le Indy Car. J’ai vraiment fait toutes les étapes pour me rendre dans cette direction-là. C’étaient les étapes les plus compétitives […] pour des groupes d’âges dans lesquels j’étais à ce moment-là.

 

NAPA : On sait qu’Alexandre Tagliani a été un de tes professeurs de courses, est-ce que vous avez encore des contacts?

KL : C’est sûr qu’on partage des souvenirs. On se parle beaucoup, en dehors des courses. C’est sûr qu’on se parle pour les courses, mais en dehors des courses on s’est raconté des anecdotes de notre passé. On est des grands passionnés. Et qu’est-ce que ça fait deux gars de courses, ça parle de …

 

 

 

NAPA : … ça parle de courses et de leurs rêves. (Rires) En 2008 tu as pris une pause de 7 ans, pourquoi cet arrêt-là? Et quel a été son importance pour toi?

KL : En fait, ça a été une période difficile parce que moi, en 2008, ça a été ma dernière saison. Je pensais alors vraiment avoir atteint mon objectif : on avait signé un contrat pour la Formule Atlantique, qui est l’équivalent de la Formule 2 aujourd’hui, puis un contrat de deux saisons en Indy Car les années suivantes. Ça, c’était mon objectif depuis longtemps, alors j’étais vraiment content. Puis, au milieu de 2008, il y a eu un gros krach économique.

Personnellement, j’étais commandité par une compagnie d’investissements et ça a été des mauvais moments pour toute compagnie d’investissements. Puis, l’équipe avec qui j’avais un contrat a fermé; c’était l’une des 3 meilleures équipes et elle a fermé. Honnêtement, c’est quoi les chances que ça arrive?

Mais à partir de 2009, toutes les équipes ont changé. Ça aurait été facile d’établir des nouveaux contacts avec d’autres équipes, mais à ce moment-là, tout le monde cherchait l’argent et c’est quelque chose que nous, on n’avait pas. J’ai basé ma carrière sur mon talent avec peu d’argent, et j’ai réussi à convaincre les patrons d’écurie de me faire courir quand même. Mais quand l’argent est devenu un plus gros enjeu, je n’avais pas le choix d’arrêter.

Les plateaux sont passés d’une trentaine de voitures par catégorie à 5-6. On était plusieurs pilotes dans la même situation que moi. En 2011, ça commençait à revenir un petit peu mieux, mais prendre 3 ans de sabbatique, c’est difficile de revenir après ça. En même temps, ça force quelqu’un à prendre un nouveau choix de carrière, peut-être oublier le rêve et passer à la vie un petit peu plus sérieuse qui est de travailler et gagner sa vie.

 

NAPA : Qu’est-ce qui t’es arrivé pendant ces années de pause?

KL : Je me suis tourné vers ma deuxième carrière qui est les magasins de pièces d’auto qu’on a avec la famille. Je me suis concentré là-dessus avec mon frère. On a travaillé fort dans ce commerce pour le grandir au fil des années. Ça a été ma deuxième carrière. Dans les années jusqu’en 2015, quand je ne courrais pas du tout, j’ai quand même trouvé une bonne passion dans l’entreprise qui m’a amené à travailler fort.

 

 

NAPA : Qu’est-ce qui t’as fait revenir à la course?

KL : En fait, on a un ami de la famille qui a une passion commune. Il est propriétaire d’Excellence Chrysler à Saint-Eustache et il course dans des séries de compétitions un peu moins sérieuses, et et il faisait courir son fils. À un moment donné, son fils ne pouvait pas faire la course, alors il m’a appelé et ça a adonné que j’ai gagné la course. Ça m’a redonné la piqûre de vouloir recommencer et c’est là que ça l’a convaincu. La passion est vraiment revenue.

On cherchait une série de compétition locale sans déplacements et compétitive. C’est drôle parce que dans cette année-là on regardait pour acheter soit un chalet familial ou une équipe de course et on a choisi l’équipe de course. On a acheté moitié-moitié tout l’équipement et on s’était dit qu’on ferait 4 courses par année. Mais sur les 4 courses à ma saison recrue, j’en ai gagné 2. C’est là qu’un commanditaire nous a approchés pour faire l’année complète. C’était en 2015. Donc en 2016, on a fait la saison complète. On a été capable de trouver plusieurs commanditaires au fil des années.

 

NAPA : Comment tu te prépares pour les courses? As-tu un rituel?

KL : Je n’ai pas vraiment de rituel, mais avant chaque course je vais regarder la reprise de la course de l’année d’avant, du même circuit, pour voir comment ça s’est passé et essayer de me remettre dedans. Chaque circuit est différent et j’essaie de voir les stratégies des autres pilotes, voir ce que les autres ont fait qui a été payant et ce qui l’a été moins.

 

NAPA : Est-ce que, comme pilote, on doit avoir un régime de vie spécial, une diète, etc?

KL : S’il y avait une bible de choses recommandées de c’est quoi un pilote, ce serait oui, mais moi je n’en suis pas (Rires). La Formule 1 est dure aux niveaux cardio, musculaires et déshydration/concentration. La NASCAR, ce sont des voitures beaucoup plus faciles à conduire. La seule chose, c’est que la chaleur dans l’auto est terrible. Ça fait qu’on se déshydrate vraiment beaucoup, et ça vient difficile de se concentrer. Ce n’est pas vraiment de l’effort physique, plus de l’effort mental.

D’ailleurs on l’a vu dans la course à Toronto; je m’en allais vers une victoire, mais c’était une des 3 courses les plus chaudes que j’ai jamais faites. C’est sûrement pourquoi Alex Tagliani a gagné, et il a beaucoup ralenti dans les derniers tours. Ça aurait été une opportunité facile de gagner, mais j’avais tellement hâte que la course se termine que je n’étais pas à plein régime jusqu’à la fin. Et c’est là que ça remet en doute finalement la fameuse bible de ce qu’est un pilote, faudrait peut-être que je la relise… (rires)

 

NAPA : Est-ce que tu fais toujours un retour sur la course avec ton équipe?

KL : Oui, à tous les weekends. Toute notre gang, on a vraiment beaucoup d’expérience, mais ça reste que chaque événement est unique; on fait des erreurs à tous les weekends, il est important de revoir ça et d’apprendre de nos erreurs. Ailleurs comme aux États-Unis, ils font comme 35 courses, nous on en fait 15 par année, alors chaque course est plus importante pour apprendre et passer en revue tout ce qu’on a fait.

 

NAPA : Ton plus beau moment de carrière jusqu’à maintenant ce serait quoi?

KL : Ça a été en 2015, ma victoire au Grand Prix de Trois-Rivières. Cette année-là on a fait seulement 4 courses, et on faisait ça pour le plaisir de le faire. Même si je savais que j’avais eu du talent quand j’étais plus jeune, j’ai quand même été 8 ans à arrêter. Et dans notre série il y a quand même Andrew Ranger et Alex Tagliani qui ont fait des courses internationales; ce sont des bons pilotes de calibres. Je ne m’attendais pas à gagner et à ce moment-là je ne savais pas que j’étais capable gagner avec ces gens-là. C’est le deuxième plus gros Grand Prix au Canada, après le Grand Prix de Formule 1 de Montréal, ça a quand même une grosse importance. C’est le grand prix qu’à chaque année tout le monde veut gagner, et arriver et le gagner à ma première année, ça a été vraiment spécial pour moi; ça a été vraiment le fun.

 

NAPA : On te le souhaite cette année

KL : Je l’ai gagné les 2 premières fois en 2015 et 2016 et après s’en est suivi des malchances à toutes les années. On est dû. [ADDENDUM : Malheureusement, Kevin Lacroix a dû se retirer de la course cette année, après un accident causé par un problème de freins.]

 

NAPA : Est-ce qu’il y a un moment plus dur?

KL : Ça a été vraiment en 2009. Toute l’année 2008, je savais que c’était ma dernière année. Et ensuite, arriver à la réalité en 2009, mais ce n’était pas vraiment pendant ma carrière parce que ma carrière était terminée.

Sinon, tous les jours ou on va courser, c’est des beaux jours. Peu importe qu’on ait des bons ou des mauvais résultats, ça reste qu’on fait ce qu’on aime.

 

NAPA : Parlons de ta famille, est-ce que vous avez discuté du danger de faire une course?

KL : Oui et non. Quand j’étais jeune mes parents me laissaient aller. Je ne te cacherai pas qu’ils étaient déçus que je n’atteigne pas mon rêve, mais en vrai, ils étaient contents. Surtout puisque la direction dans laquelle j’allais, le Indy Car, est la série de compétition la plus dangereuse. C’est sûr que quand j’ai arrêté ils étaient contents que je ne sois plus en danger.

Même si ça a été mon plus grand rêve, je suis allé physiquement voir des courses et je les regarde à la télé, mais je n’irais pas aujourd’hui, avec une famille et tout. Mais je pense qu’en NASCAR, ce qu’on fait au Canada, c’est beaucoup plus sécuritaire; les voitures sont plus grosses, sont moins dangereuses. Je n’ai pas vraiment de craintes : on peut se blesser, on peut se faire mal un peu, mais ce n’est pas une question de vie ou de mort, je pense. Me blesser, je suis capable de prendre le risque, mais pour ce qui est de jouer avec ta vie, j’abandonnerais parce que la famille c’est plus important.

 

NAPA : Comment fait-on pour balancer la vie de pilote de course et la vie familiale?

KL : Notre série de compétition c’est 14 courses, qui durent une journée pour la plupart, c’est quand même facile à équilibrer. Ça devient difficile parfois parce qu’on est beaucoup sur la route, et au Québec les étés ne sont pas très longs et je suis parti. Si on veut des vacances familiales en été, la réponse est non. On n’a pas le choix que ce soit en février disons. (Rires)

 

NAPA : Emmènes-tu ta famille?

KL : Ma femme essaie de venir quand elle peut, ça arrive une fois sur deux environ. Pour faire plaisir à Mathis, sa mère l’amenait à 2 courses à chaque année, Trois-Rivières et Mirabel. Mais même encore aujourd’hui c’est pour d’autres raisons, parce qu’il commence les courses de kart. Souvent ça arrive les mêmes weekends que moi, malheureusement, alors autant que moi je manque sa course à lui, autant il manque la mienne. C’est un peu plate pour ça, mais il faut aussi qu’il s’amuse de son côté.

 

NAPA : Aimerais-tu qu’il suive tes traces?

KL : Peu importe ce que tu fais dans la vie, quand tu atteins les sommets, c’est une fierté pour chaque parent. Mais en réalité, en tant que parent je veux surtout qu’il trouve une passion parce que je trouve important d’avoir une passion et de la suivre. Quand tu as une passion, ça t’apprend énormément la discipline et ça te suit partout dans ta vie. Alors c’est vraiment important pour moi qu’il suive une passion et je vais lui donner tous les outils dont il aura besoin pour continuer dans sa passion.

NAPA : Qu’est-ce qui drive Kevin Lacroix? Qu’est-ce qui fait que Kevin Lacroix continue?

KL : Euh, je sais pas… (rires) Non, principalement, pourquoi je continue, c’est le fait de ne pas avoir encore gagné le championnat, ça c’est le numéro un. Et numéro deux, c’est que malgré toutes les courses que j’ai gagnées, à toutes les fins de semaine quand on arrive dans l’auto, j’ai le doute d’avoir perdu mon talent. À tous les weekends, à toutes les compétitions, j’ai peur que ça m’arrive et je pense que c’est cette peur-là qui [me pousse] à me prouver à moi-même que je ne l’ai pas perdu qui me drive le plus honnêtement.

 

NAPA : Si on avait quelque chose à te souhaiter ce serait quoi? Que tu gagnes le championnat 2023?

KL : À chaque année c’est ça le souhait, je n’ai plus besoin de gagner de courses honnêtement, on en a gagné beaucoup, c’est vraiment de gagner le championnat.