Revue de fin d’année avec Kevin Lacroix

2023 s’achève et NAPA en a profité pour s’entretenir avec Kevin Lacroix afin de revenir sur sa première saison sous la bannière bleue et jaune. Il en a profité pour s’ouvrir sur une année crève-cœur, pour remettre les pendules à l’heure à propos de Trois-Rivières et pour souhaiter un cadeau des Fêtes que nous pouvons tous comprendre.

NAPA : Nous aimerions avoir ton pouls de la saison 2023, car tu as eu des hauts et des bas, entre autres avec l’accident.

KL : C’est plate à dire parce que ça a été ma première année complète avec NAPA, mais ça a été ma pire année en termes de performance, de chance et de résultat final. J’ai eu beaucoup plus de malchances que de chance, faque la victoire à la fin de l’année a fait du bien pour bien finir la saison.

Ça avait bien commencé, même si on n’est jamais hyper contents d’avoir des Top 5. Je pense que les 4 ou 5 premières courses, on était toujours dans les Top 4-Top 5. C’est bon, mais disons que la deuxième moitié de saison s’est remplie de malchances.

NAPA : Dans toute la saison, quel est l’événement qui t’a marqué le plus?

KL : C’est sûr que ça reste Trois-Rivières. C’est la course où l’on veut le mieux performer, même pas 2 virages…

NAPA : As-tu eu peur? Est-ce que tu t’es dit « ça y’est, c’est fini »?

KL : J’y ai pensé pour vrai. Parce que j’ai eu des accidents plus gros que ça dans ma vie, mais souvent les accidents, ce sont des choses que tu ne vois pas arriver, ça se passe tellement vite, pis, bing bang, c’est fini. Tandis que là, je le savais d’avance, étant donné que c’était un bris de frein.

Alors, c’est sûr que sur le coup ça fait peur, mais en même temps, je l’ai vu venir et j’étais dans les airs, je voyais le ciel et on sait que c’est un circuit de ville, alors je m’imaginais tomber de l’autre bord sur le boulevard, avec les autos normales [rires].

Ça n’a pas eu un gros impact, j’ai quand même eu des raideurs dans le bas du dos, mais c’était plus de peur que de mal, c’est sûr. Je l’ai senti venir et tout le long que je le savais que j’avais un problème de frein, on dirait que j’espérais que la pédale de frein revienne. Ça joue dans la tête d’avoir fait une grosse erreur comme ça, d’avoir pris un risque qui, en fait, est inutile.

 

NAPA : Est-ce que tu aurais dû te dire « je ne le fais pas à cause de ça »?

KL : C’est sûr qu’entre les virages 1 et 2, il y a peut-être une seconde et demie. Toute la seconde et demie, je le savais, pis en réalité j’aurais dû aller m’écraser contre le mur de côté, parce que frapper un mur de face, ça fait toujours plus mal. J’aurais dû continuer après le virage numéro 1 et aller m’écraser dans le mur à droite et faire de la friction pour ralentir l’auto.

 

 

C’est sûr que quand j’y pense, je trouve que j’ai été un peu niaiseux de continuer, mais en même temps, c’est rare que les freins lâchent au premier tour. Ça, c’est un bris sec, ce n’est pas de l’usure, et ça, je n’ai jamais vu.

Des fois, quand on change les freins, les mécaniciens font ce qu’on appelle « saigner les freins » et il y a des bulles d’air dans l’huile et ça fait que la pédale ne répond pas. J’espérais que c’était ça et j’appuyais sur la pédale en espérant que la bulle passe et que ça revienne. Mais quand c’est une bulle, la pédale est un peu plus molle, elle n’est pas complètement « plus là ». Au fond de moi, je n’étais pas surpris quand il y a eu l’accident, alors je m’en voulais d’avoir pris une mauvaise décision.

 

NAPA : Est-ce que tu as parlé à l’accidenté (Andrew Ranger)? Êtes-vous corrects?

KL : Oui, lui, il est 100 % correct avec ça. Surtout quand il a vu ma vidéo intérieure, on me voit essayer 5-6 affaires.

NAPA : On ne l’a pas vue celle-là. On a vu la vidéo de l’accident, mais pas celle à l’intérieur de l’habitacle.

KL : C’est ça qui est plate aussi parce que sur Internet, il y a l’accident, qui avait 130 000 vues sur Instagram, alors j’ai écrit à la personne de la caméra et, le lendemain, il a mis la vidéo intérieure, qui a comme 500 vues.

Tout ça pour dire que le monde impliqué, ils savent, parce qu’on voit dans la vidéo que j’essaie un paquet de freins et il n’y en a pas un qui marche. Ça reste que c’est un bris mécanique qui n’arrive jamais.

Les gens pensaient que j’étais un pilote agressif, mais un pilote agressif, ça va pousser, alors que là, j’ai complètement détruit son auto. Il y a une différence entre les deux. […] Quand on voit la caméra de face, on ne voit pas vraiment la décélération, mais j’ai vu un autre angle de quelqu’un qui était dans les estrades et là, tu vois que tout le monde freine, les autos plongent du devant et moi, je reste stable. […]

C’est plate pour lui en plus que sa saison, autant que la mienne, a été difficile. Lui, ça a été l’enfer : toute la malchance de tout le monde, on dirait, était tout le temps sur lui.

 

NAPA : Saison terminée, on est en novembre, presque Noël, un pilote de NASCAR, ça fait quoi quand sa saison est finie? On range tout et on oublie ça?

KL : Ben moi, quand j’ai une mauvaise saison… On a des entrevues avec TSN, ils font The Year In Review, ils me posent des questions genre : « course numéro 1, il se passe ça, ça, ça ». Je ne m’en souviens plus. Moi, quand ça ne va pas bien, je pèse sur le bouton delete. [rires]

Je passe à autre chose assez vite, surtout quand la saison a mal été comme ça. En même temps, il y a un mix de plein de choses : de chance, d’erreurs de moi, d’erreurs de l’équipe. Et tout ce qui ne me regarde pas, je n’ai pas de contrôle dessus, alors c’est facile d’oublier ça. Ce qui me regarde, c’est sûr que j’y pense plus longtemps… Je pense encore à l’accident de Trois-Rivières, tout le reste, j’y pense plus.

 

NAPA : Quand tu pilotes, l’adrénaline est à 300 %, mais quand une saison finit, tu la mets où l’adrénaline?

KL : C’était le 20e anniversaire de ma dernière course de karting. 2003 était ma dernière saison, faque j’ai décidé de retourner faire une compétition 20 ans plus tard. Essayer de me remettre dedans et finir la saison un petit peu mieux, avoir du fun. Avec une saison négative, on veut avoir du fun à la fin. Ça a bien été, je suis parti 22e, j’ai fini 2e.

 

Le monde là-bas riait de moi parce que j’avais de la misère. Je ne suis pas super en forme : je suis rendu père de famille, comme bien des adultes, et dans les courses de NASCAR, on n’a pas besoin d’être hyper en forme. Le karting, c’est super difficile. J’allais en pratique, je faisais 5-6 tours, puis j’arrêtais parce que je n’avais plus de bras, et la course c’est 20 tours.

Je n’étais pas au même niveau qu’eux dans les résultats dans les pratiques, mais avant la course, ça reste que je leur disais : « la course […], c’est une autre game. » Comme de fait, je n’étais pas le plus rapide, mais de 22e à 2e, c’est moi qui riais d’eux. Ç’a été le fun. Ça fait l’adrénaline comme tu dis.

En même temps, avec le commerce, on pousse fort. Avec les magasins, moi pis Dany, on est 2 jeunes et on n’a pas besoin de se faire pousser, on est capables de se pousser nous-mêmes et de se donner de la pression, alors on la vit autrement l’adrénaline.

NAPA : Durant la saison, tu as des habitudes de vies plus strictes, quand la saison arrête, une poutine? Une pizza?

KL : Ah ben ça, je n’arrête pas [rires]. C’est mon régime quotidien. La cantine au magasin a juste ça des poutines et des pizzas, alors c’est ça que je mange : Pizza-Monster. Beaucoup de café, pis beaucoup de Monster, faut que j’arrête ça. Ce n’est pas la meilleure chose.

J’ai une famille, on s’occupe du commerce, pis j’ai les courses, pis mon gars course et il joue au hockey. Je suis en garde partagée, mais tout ce qui est sport, même si ce n’est pas ma semaine, c’est moi qui vais au hockey avec lui, faque je n’arrête jamais. Alors, m’occuper de ma bedaine… je devrais le faire, mais…

Je l’ai vu à deux courses cette année, j’ai manqué de forme. À Toronto, j’ai terminé 2e à cause de ça; j’ai abandonné dans les derniers tours. Dans les 2 derniers tours, [le premier] a comme ralenti et j’ai eu une opportunité. On arrive au bout de la ligne droite, je suis côte à côte avec lui et j’ai freiné comme 150 pieds trop de bonne heure… À tous les tours, on freine au même endroit. Au bout de ligne, c’est le temps [de dépasser], il faut que je freine un peu plus tard ou au moins au même endroit que d’habitude, mais non. C’est totalement un manque de concentration, j’ai freiné beaucoup trop tôt, faque il a continué premier facilement.

NAPA : Est-ce que tu songes à t’entraîner?

KL : J’y songe à tous les dimanches [rires], pis à tous les lundis, c’est le lundi d’après.

 

NAPA : C’était la première année de NAPA avec toi, est-ce qu’on a su t’aider? Et, si oui, comment?

KL : C’est sûr que c’est un global. Premièrement, l’auto est plus belle, je trouve [rires]. Ça, c’est important. Et deuxièmement, c’est le fun d’avoir des personnes impliquées. Avoir une participation, avoir de l’engouement, c’est le fun.

Je pense aussi que la série aussi aime ça quand il y a des compagnies qui s’investissent comme ça, on a un peu plus de visibilité, ils mettent un peu plus d’emphase sur nous. Surtout dans des courses comme Trois-Rivières, ils font plus attention à ce qu’ils disent.

 

NAPA : Est-ce que tu penses que c’est ce qui s’est passé avec l’accident?

KL : Le monde à la maison sont libres de juger, mais les commentateurs normalement aiment ça ajouter de l’huile sur le feu pour amplifier la chose, pis ils ont été politiquement corrects. Moi, j’écoute ça et souvent. Là, j’ai été victime et personne ne sait exactement ce qui s’est passé.

 

Parfois, je vois des commentateurs qui prennent un athlète et qui le descendent sans vraiment savoir ce qui se passe; ça m’est déjà arrivé, je suis un peu plus sensible à ça. J’ai vécu ça, moi, et j’ai vu d’autres athlètes être victimes de ça, et j’ai été content qu’à Trois-Rivières, ils ont quand même été relax sur les commentaires. C’est peut-être le fait qu’ils font attention à l’image vu qu’il y a un nouveau partenaire pour l’auto. Ça, ça m’a aidé aussi.

NAPA : Pour la saison 2024, on commence à se préparer quand?

KL : Déjà. Là, c’est sûr déjà, on inclut toute l’équipe. Moi, personnellement, un petit peu moins. Tout le reste de l’équipe en ce moment, c’est la mécanique : c’est Sylvain, mon père, et Adam, le préparateur d’auto, qui sont à temps plein. Ils préparent les modifications sur les nouvelles autos pour l’année prochaine. On travaille fort, on fait des bons changements et ça devrait être bénéfique. On est allés chercher une personne qui a beaucoup de connaissances.

Aussi, ce que NAPA a fait pour nous aider, il y a le côté commerce. De ce côté-là, c’est très différent. C’est sûr, on a eu des gros challenges au début, ça a été un gros morceau à s’adapter, mais le côté humain chez NAPA, tout le support est incroyable.

Il y a une belle structure chez NAPA. On a ramassé des bonnes personnes clés pour nous donner du support, à moi et Dany, dans la gestion. Parce qu’avant, tout passait par moi ou Dany. Tandis que là, dans chaque magasin maintenant, on a une bonne équipe : on a un gérant, un assistant gérant, on a 2 super gérants qui gèrent chacun 3 magasins, pis un directeur des opérations, faque ça nous aide beaucoup.

NAPA : Où trouvais-tu le temps pour tes courses avant?

KL : On faisait un peu de tout, mais 100 % de rien. 100 % du temps était pris, mais rien n’était fini [rires].

Ça reste qu’on a des plus grosses opérations, faque c’est plus de travail au total, mais le travail n’est pas aux mêmes places. On est tout le temps débordés et on manque toujours de temps. Je pense que tout le monde manque de temps dans la vie, mais NAPA aide de ce côté-là; toute l’organisation des magasins, ça va bien. C’est une des raisons pour lesquelles on a fait le changement; on savait que c’est plus structuré comme compagnie.

NAPA : On te souhaite quoi en 2024?

KL : On me souhaite quoi? Pas de malchance [rires]. Parce que la performance, on s’en occupe. Normalement, on est là, faque c’est juste la malchance d’être chanceux.

C’est un peu ça notre saison de NASCAR : à chaque année, il y a des pilotes qui ont des malchances et il y en a 1 qui a 0 malchance et c’est lui qui gagne le championnat. Parce que la façon que le système de points est fait, quand tu finis 1er, 2e, e4e, il n’y a pas une grande différence, c’est un point par position. Mais quand tu as un bris mécanique, tu tombes dernier, tu viens de perdre 20 points. À Trois-Rivières, on était 32, donc j’ai perdu 31 points.

On espère juste finir toutes les courses, et le côté performance, on va faire la différence. On nous souhaite de la chance. Plus qu’en 2023.

 

NAPA : Le plus beau cadeau qu’on peut te faire?

KL : Personnellement, c’est qui qui l’offre? [rires] Du temps avec la famille, c’est ça qui manque.

NAPA : En même temps, tu passes du temps avec ton fils, tu l’emmènes au hockey.

KL : Lui est sur la glace, moi je suis dans les estrades [rires].

NAPA : Mais c’est être présent pareil pour son fils.

KL : Oui, mais c’est tout le temps ça qui manque, à la fin de la semaine, à la fin du mois, à la fin de l’année, c’est ça qui a manqué. […]

C’est pour ça que je vais au hockey avec lui et à ses courses de kart, pis y’a commencé le soccer aussi. C’est pour ça que je vais avec lui, même si ce n’est pas ma semaine.

NAPA : Donc le fils est aussi pire que le père dans l’adrénaline?

KL : Peut-être que je le pousse un peu, mais lui c’est plus un gars de gang, d’équipe. Lui, jouer au hockey tout seul en arrière, ce n’est pas ça. Moi, quand j’étais jeune, j’étais tout seul dans mon coin à faire mes choses, même les courses, c’est un sport un peu plus individuel. C’est sûr que dans l’ensemble, c’est un sport d’équipe, mais sur la piste, c’est individuel. Pis lui, il fait des courses là, mais je ne pense pas qu’il va essayer d’aller loin. C’est vraiment comme l’équipe, pour lui, c’est ça qui est important. C’est correct, lui, y’a du fun, y s’en va avec ses amis, mais moi, le père… [rires]. L’important, c’est qu’il soit heureux.

Aussi, je veux l’occuper, c’est ben le fun des fois aller au parc, mais il s’y passe ben des affaires; j’essaie de l’enlever de là un peu, de l’emmener au hockey, de l’emmener au soccer, pis de l’emmener avec des amis qui bougent.

Faque là, il a commencé à développer beaucoup d’intérêt pour le soccer, il veut aller se pratiquer dehors au soccer.

NAPA : Peut-être une pette sortie au SF Montréal?

KL : je suis allé il y a 3 semaines, 1 mois. Pis là, je suis en train de faire asphalter la cour, tout mon gazon chez nous en arrière [rires]. Ma femme n’était pas trop contente. Faque je fais tout asphalter, pis on va avoir une section avec un filet de hockey, pis j’ai des filets aussi.

NAPA : Faut faire plaisir aux enfants des fois.

KL : Ben oui, il a 10 ans, c’est là que ça se passe. Probablement qu’à 14 ans, on va tout enlever parce qu’il sera passé à autre chose […] Faque c’est pour ça que je vais setuper la cour en arrière. Mais là, elle va être finie, pis boom la neige. Faque elle va être prête l’hiver prochain.

NAPA : Vas-tu faire une patinoire?

KL : Je vais m’essayer ça.

NAPA : Avec le filet de hockey, ce serait génial!

KL : Je n’aurai pas eu le temps d’installer les filets encore, les voisins… je vais envoyer ma femme leur prendre du Tim Hortons avant de jouer, c’est le temps [rires].

 

Merci à Kevin et à toute l’équipe de Tuning Lacroix pour ce bel après-midi!

À l’année prochaine!